CAN : le retour du débat biennal interroge le cap de la CAF

La CAF envisage de revenir sur le cycle quadriennal annoncé pour la CAN. Au-delà du débat entre deux et quatre ans, Malik Eudy interroge la cohérence des décisions, la stabilité du calendrier et la visibilité offerte aux acteurs du football africain.

Par Malik EUDY

Moins d’un an après avoir annoncé qu’après l’édition 2028, la Coupe d’Afrique des nations (CAN) passerait à un cycle quadriennal, la Confédération africaine de football (CAF) envisage désormais de revenir à une organisation tous les deux ans.

Le 9 octobre 2026, au Cap-Vert, son président, Patrice Motsepe, a confirmé que cette possibilité était de nouveau à l’étude.

Aucune décision définitive n’a encore été annoncée. Mais ce réexamen soulève une question importante : la CAF avait-elle suffisamment réfléchi aux conséquences de sa première décision avant de l’annoncer ?

Le problème n’est pas simplement de savoir s’il vaut mieux organiser la CAN tous les deux ou tous les quatre ans. Il s’agit aussi de comprendre comment la CAF prend ses décisions et si elle donne suffisamment de visibilité à ceux qui font vivre le football africain.

Une orientation déjà réexaminée

En décembre 2025, la CAF avait annoncé qu’après l’édition 2028, la CAN passerait à un cycle quadriennal.

L’objectif était notamment de mieux organiser le calendrier du football international et de limiter les conflits entre les clubs et les sélections nationales.

Sur le papier, cette réforme pouvait se défendre. Mais une décision aussi importante demande du temps, des discussions et une étude sérieuse de ses conséquences.

Or, moins d’un an après, la CAF envisage déjà une autre direction.

Réexaminer une orientation n’est pas nécessairement une erreur. Une institution doit pouvoir revoir ses choix lorsque le contexte ou les éléments disponibles évoluent.

Mais dans ce cas, une question se pose : qu’est-ce qui a changé depuis décembre 2025 pour justifier ce retour possible à une CAN tous les deux ans ?

C’est à la CAF d’apporter une réponse claire.

Pourquoi ce changement concerne tout le football africain

La fréquence de la CAN ne concerne pas uniquement les dirigeants de la CAF.

Les fédérations nationales doivent organiser leurs compétitions, préparer leurs sélections et investir dans la formation des jeunes joueurs.

Les clubs doivent anticiper les départs de leurs internationaux. Les diffuseurs et les sponsors ont besoin de connaître le calendrier pour préparer leurs contrats et leurs investissements.

Les pays organisateurs doivent également planifier des infrastructures et des opérations majeures : stades, transports, hébergement, sécurité, accueil et dispositifs de diffusion.

Tous ces acteurs ont besoin d’un minimum de stabilité pour travailler dans de bonnes conditions.

Bien sûr, les deux formats présentent des avantages. Une CAN tous les deux ans permet de retrouver plus régulièrement cette grande compétition. Une CAN tous les quatre ans peut lui donner davantage de rareté et laisser plus de temps entre deux éditions.

Le débat mérite donc d’exister.

Mais avant de choisir un format, la CAF doit être capable d’expliquer pourquoi celui-ci serait le plus bénéfique pour le football africain.

Comparaison graphique entre une CAN organisée tous les deux ans et une CAN organisée tous les quatre ans.
Deux ans ou quatre ans : deux périodicités possibles pour la Coupe d’Afrique des nations.

L’argent est-il aussi en jeu ?

Le calendrier de la CAN a également une dimension économique.

La fréquence de la compétition peut peser sur la valeur des droits, les cycles de sponsoring et la projection commerciale de la CAF. Mais, en l’absence d’éléments publics suffisamment précis, il serait prématuré d’en faire la cause du réexamen actuel.

La question reste néanmoins importante : les conséquences économiques des deux formats avaient-elles été suffisamment étudiées avant l’annonce de la réforme ?

Si la CAF décide finalement de revenir à une CAN tous les deux ans, elle devra expliquer les raisons de ce choix et les éléments qui l’ont conduite à revoir sa position.

La CAF doit donner une direction claire

Le 2 octobre 2026, la CAF a approuvé le calendrier de ses compétitions pour la période 2026-2030. L’objectif affiché était notamment de donner davantage de visibilité aux fédérations, aux clubs et aux autres acteurs concernés.

Quelques jours plus tard, le retour possible à une CAN tous les deux ans relance les interrogations sur la stabilité de ses orientations.

Les deux démarches ne sont pas nécessairement contradictoires. Une institution peut adapter ses décisions. Mais elle doit pouvoir expliquer ses changements et montrer qu’ils reposent sur une réflexion sérieuse.

Le football africain a besoin de compétitions attractives, mais aussi de décisions compréhensibles et durables. Les fédérations, les joueurs, les clubs et les partenaires doivent disposer d’une visibilité suffisante pour planifier dans la durée.

Pour l’instant, il serait excessif d’affirmer que la CAF n’a pas de vision à long terme. Le simple fait de réexaminer une réforme ne suffit pas à le démontrer.

En revanche, cette situation pose une vraie question sur la manière dont ses grandes décisions sont préparées.

La CAF doit désormais répondre à trois questions simples : pourquoi avoir choisi une CAN tous les quatre ans ? Qu’est-ce qui justifie aujourd’hui de réexaminer cette décision ? Et comment éviter que les mêmes incertitudes se reproduisent à l’avenir ?

Le véritable enjeu n’est donc pas seulement de choisir entre deux et quatre ans. Il est de savoir si les choix de calendrier de la CAF s’inscrivent dans un cap suffisamment stable, documenté et expliqué pour permettre au football africain de se projeter.

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