CAN 2025/26 : l’économie et les influences derrière le spectacle

La CAN 2025/26 organisée au Maroc n’a pas seulement été une compétition sportive. Derrière les stades, les audiences et l’intensité du terrain, elle a révélé une mutation plus profonde : celle d’un football africain devenu produit médiatique, actif économique et instrument d’influence institutionnelle.
Stade de football éclairé pour la CAN 2025, symbole de l’économie du football africain, des droits médias et des influences institutionnelles

CAN 2025 économie football africain : derrière le spectacle, le tournoi organisé au Maroc a révélé une autre compétition, plus discrète, faite de droits médias, de flux financiers et d’influences institutionnelles. Les tribunes, les hymnes, les maillots et les images de ferveur ont occupé l’espace visible, comme toujours dans une Coupe d’Afrique des Nations. Cette compétition invisible concernait les diffuseurs, les sponsors, les villes hôtes et la capacité de la Confédération Africaine de Football à transformer son tournoi majeur en actif stratégique.

La CAN 2025/26, organisée au Maroc du 21 décembre 2025 au 18 janvier 2026, a réuni 24 sélections et s’est appuyée sur un dispositif d’accueil réparti entre Rabat, Casablanca, Agadir, Fès, Marrakech et Tanger. La CAF présente cette édition comme un tournoi porté par des infrastructures modernisées et par une ambition de rayonnement continental, dans un contexte où le football africain cherche à mieux maîtriser sa valeur économique, médiatique et institutionnelle.

La question n’est donc plus seulement de savoir qui gagne sur le terrain. Elle est de comprendre qui contrôle la diffusion, qui capte la valeur, qui organise les récits et qui pèse dans les équilibres d’influence autour du football africain. La CAN reste une compétition sportive, mais elle est désormais autre chose aussi. Un produit global. Un outil diplomatique. Un levier financier. Une vitrine politique.

Derrière le spectacle, la CAN révèle une économie. Derrière l’économie, elle révèle des rapports d’influence.

 

La CAN comme produit stratégique continental

La Coupe d’Afrique des Nations a longtemps été lue d’abord comme une fête sportive, parfois avec une forme de condescendance extérieure, comme si son intensité émotionnelle suffisait à la définir. Cette lecture est devenue trop courte. La CAN est aujourd’hui un produit stratégique dont la valeur repose sur plusieurs couches : la compétition, la diffusion, l’audience, les partenariats, les infrastructures, l’hospitalité, les droits commerciaux et la capacité à projeter une image moderne du continent.

Le Maroc l’a bien compris. L’organisation de la CAN 2025/26 s’inscrit dans une logique plus large, où le football devient un instrument de positionnement international. Les stades ne sont plus seulement des lieux de match. Ils deviennent des signaux de capacité, des preuves matérielles d’organisation, des espaces de diplomatie sportive. Dans une Afrique où beaucoup de fédérations cherchent encore à stabiliser leurs championnats domestiques, l’accueil d’un tournoi majeur permet aussi de montrer une maîtrise institutionnelle.

La CAF, elle, trouve dans cette édition un terrain de consolidation. Après plusieurs années marquées par des fragilités financières et des réformes internes, l’instance continentale a annoncé pour l’exercice 2023-2024 des revenus de 166,42 millions de dollars et un bénéfice net de 9,48 millions de dollars. Ce retour à la rentabilité n’est pas un détail comptable. Il traduit une volonté de revaloriser les compétitions africaines, d’élargir les revenus commerciaux et de replacer la CAF dans une logique de gestion plus structurée.

Les droits médias, nerf discret de la puissance

Dans le football moderne, la valeur d’une compétition se mesure autant à ce qu’elle produit sur le terrain qu’à sa capacité à être distribuée, vendue, commentée et répétée. Les droits médias sont devenus l’un des centres de gravité de la CAN. Ils déterminent l’accès du public, mais aussi la capacité d’un tournoi à exister comme événement international au-delà de ses frontières naturelles.

La CAF a construit un maillage plus ambitieux autour de ses compétitions. IMG a obtenu les droits de distribution internationale des événements CAF dans plus de 85 pays et territoires pour la période 2023-2025, hors Afrique subsaharienne et région MENA, avec notamment les deux CAN de Côte d’Ivoire 2023 et du Maroc 2025 dans le périmètre de l’accord. Ce type d’accord ne se limite pas à une opération technique. Il inscrit la CAN dans une chaîne de valeur mondiale, où l’image du football africain devient un contenu négociable sur plusieurs marchés.

À l’intérieur du continent, la distribution reste un enjeu sensible. New World TV s’est imposé comme un acteur majeur de la diffusion en Afrique subsaharienne, tandis que SuperSport a annoncé la diffusion de la CAN 2025 dans plusieurs territoires anglophones et lusophones d’Afrique subsaharienne, dans le cadre d’un accord de droits obtenu auprès de New World TV. La CAF a aussi communiqué sur une couverture élargie, avec des partenaires de diffusion comme beIN Sports, SuperSport, CANAL+, New World TV, Azam TV ou SABC, et une disponibilité annoncée sur 60 chaînes en Afrique, dont 49 chaînes gratuites.

Cette architecture dit quelque chose de décisif. Le football africain ne lutte plus seulement pour être vu. Il lutte pour contrôler la manière dont il est vu, vendu et valorisé. Qui détient les droits détient une partie de la narration. Qui structure la diffusion influence la perception. Qui maîtrise l’accès aux images tient une part de la puissance symbolique.

Une économie qui se construit autour du terrain

La CAN génère une économie visible, faite de billetterie, d’hospitalité, de tourisme, de transport, de restauration, de merchandising et de consommation locale. Elle génère aussi une économie moins visible, plus institutionnelle, qui passe par les contrats médias, les partenariats commerciaux, les agences de représentation, les droits de sponsoring et les accords de diffusion. Cette seconde économie est souvent plus décisive pour l’avenir du football africain.

Le tournoi devient alors une plateforme. Les sponsors y cherchent une visibilité continentale, les diffuseurs y cherchent des audiences, les États y cherchent une image, les fédérations y cherchent des revenus et les villes hôtes y cherchent une reconnaissance. Le match reste au centre, mais il devient le point d’entrée d’un système beaucoup plus vaste. La pelouse attire le regard. Les flux se structurent ailleurs.

La CAF n’est pas seule dans ce mouvement. Les grandes compétitions mondiales ont toutes connu cette mutation. La différence, pour le football africain, tient au fait que cette transformation arrive dans un moment de rattrapage institutionnel. La valeur populaire existe depuis longtemps. La valeur émotionnelle est immense. Ce qui manque encore, souvent, c’est la capacité à convertir cette puissance en revenus maîtrisés, en infrastructures durables et en retombées mieux redistribuées.

WANDA DATA — Infrastructures & capacité

Tableau WANDA DATA présentant les villes hôtes, les stades et les capacités d’accueil de la CAN 2025-26 organisée au Maroc.
WANDA DATA — Infrastructures et capacité des stades mobilisés pour la CAN 2025-26 au Maroc.

Ces chiffres ne doivent pas être lus comme de simples données techniques. Ils racontent une géographie du pouvoir sportif. Rabat concentre plusieurs sites, Casablanca conserve son poids historique, Tanger affirme sa dimension internationale, tandis qu’Agadir, Fès et Marrakech participent à la mise en scène d’un Maroc capable de distribuer l’événement sur plusieurs pôles urbains. L’infrastructure devient ici un langage politique. Elle dit la capacité d’accueil, la maîtrise logistique, la projection touristique et la volonté de faire du football un outil d’influence.

Le Maroc, laboratoire d’une stratégie footballistique

Le Maroc n’accueille pas la CAN comme un événement isolé. Le pays s’est installé depuis plusieurs années dans une stratégie sportive lisible, fondée sur les infrastructures, la formation, la diplomatie footballistique et la valorisation de son image internationale. La performance de sa sélection à la Coupe du monde 2022 a donné une visibilité mondiale à cette dynamique, mais le travail de fond dépasse le résultat d’un tournoi.

La CAN 2025/26 a prolongé cette logique. Elle a permis au Maroc de montrer une capacité opérationnelle, d’exposer ses stades, de renforcer sa centralité dans le football africain et de consolider sa position dans les grands équilibres institutionnels du continent. Une compétition de cette nature ne sert pas seulement à recevoir des matchs. Elle sert à démontrer une compétence.

Cette dimension est essentielle pour comprendre les influences à l’œuvre. Le football africain est traversé par des rapports de force entre fédérations, États, diffuseurs, sponsors et institutions. Les pays qui disposent d’infrastructures, d’une diplomatie sportive active et d’une administration stable pèsent davantage dans les décisions. Ils deviennent des lieux où l’événement peut se tenir, mais aussi des acteurs autour desquels les équilibres se recomposent.

La CAF face à son propre tournant

La CAF cherche aujourd’hui à faire reconnaître la valeur réelle de ses compétitions. Cette ambition est légitime, mais elle impose une exigence. Un tournoi ne devient pas un produit stratégique uniquement parce qu’il est diffusé plus largement ou mieux vendu. Il le devient lorsque la valeur créée retourne aussi vers le développement du football, vers les clubs, les championnats, les sélections, les arbitres, la formation, les compétitions de jeunes et les structures locales.

C’est là que la CAN devient un révélateur. Elle montre la capacité de l’Afrique à produire un spectacle immense, mais elle interroge la manière dont ce spectacle nourrit le football qui l’a rendu possible. Le risque serait de construire une économie brillante autour des grandes affiches, sans renforcer les bases domestiques. Une CAN forte ne suffit pas à elle seule à bâtir un football africain solide.

La rentabilité retrouvée de la CAF ouvre une possibilité. Elle peut être le signe d’une institution mieux gérée, plus attractive et plus capable de négocier sa place dans l’économie mondiale du football. Elle peut aussi rester une réussite de surface si elle ne s’accompagne pas d’une redistribution stratégique. Le vrai test ne sera pas seulement financier. Il sera structurel.

La CAN peut devenir une vitrine. Elle ne doit pas devenir un écran. Sa puissance réelle se mesurera à ce qu’elle laisse derrière elle.

Derrière le spectacle, la bataille du récit

Le football africain souffre depuis longtemps d’un paradoxe. Il fascine par ses talents, ses ambiances, ses histoires et sa puissance populaire, mais il a souvent été raconté depuis l’extérieur, avec des raccourcis, des clichés et des lectures incomplètes. La maîtrise de la narration devient donc un enjeu aussi important que la maîtrise des revenus.

Les droits médias, les accords de diffusion et les partenariats internationaux participent à cette bataille. Ils permettent d’élargir l’exposition du tournoi, mais ils posent aussi une question : qui raconte la CAN ? Les diffuseurs internationaux, les agences de droits, les médias africains, les fédérations et les plateformes globales se disputent une partie de cette lecture. La réponse n’est jamais neutre, car raconter une compétition, c’est aussi orienter la manière dont elle est perçue.

WandaFoot s’inscrit précisément dans cet espace. Non pas pour réduire la CAN à des chiffres, ni pour vider le football de sa ferveur, mais pour regarder ce que l’image ne suffit pas à montrer. Le tournoi est un spectacle, mais il est aussi une architecture. Il faut tenir les deux dimensions ensemble : l’émotion du terrain et la mécanique qui l’entoure.

Ce que la CAN révèle du football africain

La CAN 2025/26 a confirmé une évidence que le football africain ne peut plus contourner. Le tournoi est devenu un actif stratégique. Il concentre des audiences, des revenus, des intérêts politiques, des ambitions nationales et des rapports d’influence qui dépassent largement les quatre lignes du terrain.

Cette évolution peut être une chance si elle permet à l’Afrique de mieux maîtriser sa valeur, de raconter elle-même ses compétitions et de transformer les revenus générés en développement durable. Elle peut aussi devenir une fragilité si la logique du spectacle prend le dessus sur la construction du socle. Le football africain n’a pas seulement besoin d’être vu. Il doit être structuré, protégé, financé avec intelligence et raconté avec exigence.

La CAN reste une fête. Mais elle est désormais une économie, une scène d’influence et un test institutionnel. Ceux qui ne verront que les matchs passeront à côté de l’essentiel. Ceux qui regarderont les flux, les droits, les stades et les récits comprendront peut-être mieux ce que le football africain est en train de devenir.

— WANDA MÉDIA

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